L’accompagnement des usagers de drogue en Belgique francophone par des médecins généralistes est une expérience novatrice et probablement unique à ce jour dans le monde occidental. Cette expérience a montré et montre encore combien la première ligne de soins a un rôle essentiel dans la prise en charge des usagers de drogues parmi les autres patients. C’est pourquoi il nous a paru utile de rassembler dans un texte les principes fondateurs qui réunissent au sein du mouvement ALTO ces médecins soucieux d’un accompagnement de qualité.

 

Ce texte exprime une philosophie générale durable. Il ne préjuge pas des modalités pratiques de l’accompagnement, qui évoluent en fonction des connaissances et de l’expérience et s’adaptent à la diversité des individus et des situations.

 

Ce texte, nourri par les réflexions des praticiens de terrain, a été élaboré à la demande du comité de coordination du mouvement ALTO et en a reçu l’aval.

 

Dans le but de promouvoir l’identité du mouvement et de formaliser le réseau, nous vous proposons et nous vous invitons à marquer votre adhésion en signant la charte.

 

Le mouvement ALTO

 Le mouvement ALTO est un réseau de médecins généralistes travaillant en Belgique francophone qui, au sein de leur pratique courante, accompagnent des patients usagers de drogue dans leur milieu (familial, social, économique, culturel, …).

 

Ce réseau, constitué en réponse aux demandes d’aide de plus en plus nombreuses, se veut aussi espace de rencontre et de formation où, par une réflexion critique sur les pratiques, s’élabore un modèle d’accompagnement des usagers de drogue par les médecins généralistes.

 

La pratique médicale

 Plusieurs lignes de force guident l’action médicale :

  1. L’accompagnement d’un usager de drogues relève, pour le médecin, d’une décision personnelle et non d’une obligation. Il s’agit d’un accompagnement global de la personne, au niveau médical et relationnel. Il s’inscrit dans le cadre et aux conditions habituelles de l’exercice de la médecine générale (liberté de choix du médecin, liberté thérapeutique dans les limites des bonnes pratiques, respect de la déontologie, respect du consentement éclairé du patient et du secret médical) ;
  2. Le médecin acquiert et entretient une connaissance médicale suffisante des drogues, des usages, des traitements, des pathologies associées aux toxicomanies. Il est attentif aux aspects de prévention (toxicomanies I.V., MST, …) et d’éducation à la santé ;
  3. L’établissement d’une relation thérapeutique, espace de dialogue chercheur de sens, marquant l’intérêt du médecin pour un patient reconnu dans sa globalité, est une composante essentielle de l’accompagnement. Sans juger ni cautionner, le médecin soutient inlassablement le patient dans son cheminement vers l’autonomie, construction de son propre destin dans le respect de soi et d’autrui ;
  4. Cette approche implique que le médecin reste attentif dans la durée, quelle que soit la longueur du traitement, aux diverses dimensions (médicale, psychologique, sociale, culturelle, économique, …) qui accompagnent l’évolution du patient. Elle est incompatible avec une pratique de « consultation minute » ou de clientèle gigantesque. De même, le médecin refuse toute prescription non fondée sur un projet thérapeutique, notamment celle des psychotropes largement détournés vers un usage toxicomaniaque (flunitrazepam, barbituriques, …) ;
  5. Le médecin participe à la formation continue et aux intervisions afin d’échanger sur les pratiques, de rencontrer d’autres acteurs et aussi de partager d’éventuelles répercussions émotionnelles ;
  6. Le médecin veille à être conscient de ses propres limites et à s’assurer les collaborations éventuellement nécessaires. Il participe, si besoin est, à une approche pluridisciplinaire et s’ouvre aux aspects de santé communautaire.

 

Le mouvement ALTO dans la société

 Le médecin généraliste est en contact permanent avec l’ensemble de la population. Il est souvent le premier et parfois le seul intervenant psycho-médico-social à se rendre dans les familles. De par ce contact étroit avec la population, il est confronté à la détresse de nombre de ses membres, témoin d’une crise de société dont les toxicomanies ne constituent qu’en des symptômes.

 

Le mouvement ALTO permet aux témoignages individuels de se rassembler et de constater, dans les problématiques individuelles soumises, l’émergence de nouvelles pathologies.

 

Ces problématiques de la désinsertion (absence de repères, absence d’intériorisation de valeurs, troubles somatiques, psychiques, sociaux, non-accès au travail, au logement, …) sont des problématiques globales dont la dimension pathologique n’est qu’une pointe qui nous est offerte. Au nom de ce constat, le mouvement ALTO souhaite renvoyer à la collectivité les problématiques individuelles qui lui sont amenées et interpeller le monde politique et l’ensemble de la société civile. Le mouvement ALTO souhaite offrir son savoir faire de terrain et être inclus dans cette recherche.